Montagnes russes

Montagnes russes

Seul existe le battement de son cœur, assourdissant dans le silence de sa tête. Si violent qu’elle a peur que ce soit trop, qu’il explose, qu’il s’arrête.

Peu à peu, pourtant, ses sens renaissent. Elle entend à nouveau sa propre respiration, puissante, qui tente d’apaiser son cœur. Elle perçoit aussi la présence de sa compagne, allongée à côté d’elle, attentive, aimante et douce. Elle sent son corps contre le sien et leurs peaux qui se reconnectent, alors que la fulgurance de la jouissance l’avait propulsée loin de tout, pour une fraction de seconde. Elle ne pense plus, n’a pas même des bribes de pensée. Des germes de pensée, peut-être, qui tenteraient d’éclore ? Seules les sensations existent encore. Flottement heureux dans un vide qui contient tous les possibles.

Le calme revient.

— Je t’aime, chérie, lui glisse sa compagne, à l’oreille.

Elle ne peut émettre qu’un grognement heureux ; les mots ne sont pas encore de retour. Les pensées commencent juste à s’immiscer dans son esprit. Alors, comme de très loin, elle se revoit la veille, en train de déambuler dans les rues de Paris

Flottement triste et sombre, dans un froid qui la paralyse. Elle ne flotte plus d’ailleurs, elle sombre, dans un vide sidéral d’où toute sensation, tout sentiment ont disparu. Un vide d’où elle voit, comme à travers une vitre les visages de ceux qu’elle croyait aimer mais pour lesquels, à cet instant, elle n’éprouve plus rien. L’angoisse d’être incapable de ressentir, d’aimer encore, d’avoir perdu la faculté d’être heureuse, la prend au ventre. Va-t-il falloir faire semblant d’y croire encore ? Mais à quoi bon ?

Une ritournelle lancinante a submergé son esprit « Ça ne prévient pas quand ça arrive. Ça vient de loin. Ça s’est trainé de rive en rive, la gueule en coin. Et puis un matin, au réveil, c’est presque rien, mais c’est là, ça vous ensommeille, au creux des reins… Le mal de vivre. ». Elle se la chante et se la rechante. Se décide à écouter Barbara interpréter cette magnifique chanson à l’unisson de son humeur. Elle marche droit devant elle, mécaniquement.

Elle prend sur elle et fait l’effort d’entendre vraiment la fin de la chanson « Ça ne prévient pas quand ça arrive. Ça vient de loin. Ça s’est trainé de rive en rive, la gueule en coin. Et puis un matin, au réveil, c’est presque rien, Mais c’est là, ça vous émerveille Au creux des reins… La joie de vivre ! ». Elle note que le soleil est revenu et lève la tête. Les reflets de la Seine jouent gaiement sur les pierres de l’île de la Cité lorsqu’un bateau-mouche passe. Un artiste inconnu l’enthousiasme dans une galerie où elle est entrée au hasard. Lui revient alors en mémoire que demain, elle ne sera plus seule! La chaleur revient peu à peu dans son corps et fait s’évaporer le bleu de son âme.

Qu’elle est loin de ce vague à l’âme, maintenant, étendue sur le lit ! Elle se tourne enfin vers sa compagne.

— Je t’aime aussi, mon amour, murmure-t-elle en lui souriant.

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Gros challenge pour cette nouvelle: écrire une nouvelle en une page! Encore plus court que d’habitude…. 

2 réactions au sujet de « Montagnes russes »

  1. Joyeuses fêtes à toi Sandrine, et tous mes meilleurs voeux pour 2020, que cette année continue à te stimuler au niveau de l’écriture pour que l’on garde toujours ce plaisir à te lire !

    Quelle était la consigne ici ? Texte court ? Comme toujours, tu as pris un angle particulier qui fait qu’on a envie de lire jusqu’au bout !

    Belle soirée à toi,
    Sabrina

  2. Salut Sabrina,
    merci pour tes voeux! A mon tour, je te souhaite une année pleine de superbes nouvelles, sans angoisse de la page blanche!
    Consigne assignée en bas de la nouvelle: une nouvelle en une page…

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