Zuli et les forces de la vie

Zuli et les forces de la vie

ou La sécheresse? Quelle sécheresse?

Zuli se réveilla plein d’entrain en ce début de week-end. Il avait reçu la veille un lot de robots du XXIe siècle. Même si la semaine de boulot était finie, il était impatient d’aller s’immerger dans ce tas de ferraille, plastique et électronique, ces matières désuètes qui avaient été utilisées neuf siècles plus tôt. Quand on est robotiquaire, on ne compte pas son temps ! Bidouiller ces machines et comprendre le passé étaient ses uniques passions. 

— Djzzz ! émit le robot qu’il essayait d’allumer.
— Aie ! hurla Zuli en prenant une décharge.

Il n’était pas assez réveillé pour bricoler… Il ouvrit les rideaux de sa bulle pour admirer la vue. Quand il avait choisi ce métier, il avait été éjecté du cœur de son Urbs, ces zones de résidence obligatoire pour la population mondiale, où l’entassement des bulles étaient si dense qu’on n’y voyait plus le ciel. La sienne était un peu déglinguée à la lisière de la jungle. Cela le ravissait ! Non seulement, il avait de la place pour stocker ses trouvailles mais il pouvait aussi, quand il sortait les mains du cambouis, aller se promener dans la nature environnante. Il y passait des heures, à admirer la luxuriance de la végétation et sentir le doux parfum des fleurs. Et rien ne le détendait plus qu’une baignade au lac d’eau pure, à moins de deux heures de marche. A peine 5 minutes en flyscoot !

Ses comprimés de caféine avalés, il se remit à la tâche. Le robot humanoïde était tout blanc, sur roulette, avec un écran collé à la poitrine. C’était émouvant, quand même, ces balbutiements un peu grotesques de la robotique. D’ailleurs, cela faisait longtemps qu’on avait abandonné les robots. Quelques implants à la naissance et on avait des hommes augmentés : beaucoup plus efficace !

— Bonjour, je m’appelle Pepper et toi ?
— Je m’appelle Zuli. Chouette, tu remarches ! Ça va ?
— Bonjour, je m’appelle Pepper et toi ?
C’était pas encore ça! Un peu de bidouillage s’avérait encore nécessaire.

Pepper se figea soudain en émettant un « Zzzz ». Un visage étrange apparut à l’écran. Il avait une peau blanche et flasque, sous une barbe dévorante de trois jours. Des cheveux fins couleur paille parachevaient le tout, alors que des yeux bleu clair perçaient l’écran. Jamais rien vu de pareil, pensa Zuli. Ça ressemblait à un homme mais quelles couleurs de peau et de cheveux bizarres ! Peut-être était-ce un robot, après tout, créé par un artiste aux idées un peu folles et originales ?
— Dis-moi, Pepper, qui est-ce ?
Mais, malgré tous les efforts de Zuli, le robot ne voulait plus répondre…

Ce dernier avisa alors, dans son lot de machines, un objet autrefois appelé « ordinateur ». En moins d’une heure, il y brancha la mémoire du robot et alluma le tout. Le visage s’anima. Le film dont il faisait partie défila à l’écran. Incroyable ! Au vu du paysage sec et dévasté derrière l’homme, le film devait dater de « La grande sécheresse ». Comme tout le monde, Zuli ne savait pas grand-chose de cette période si ce n’est que la nature avait périclité et que la vie sur terre avait été menacée. Et aussi que, dès 2032, Pizzaro le Grand Eclaireur avait fait prendre conscience aux hommes qu’un changement drastique de mode de vie était indispensable. Grâce aux mesures instiguées par son équipe, la sécheresse n’avait duré qu’un peu plus de trois cents ans, avant qu’un climat propice à la vie ne revienne.

« L’Amérique du Sud et l’Asie se sont alliées hier. Elles veulent détruire notre superbe civilisation, notre peuple. Elles veulent vous détruire ! Nous sommes soi-disant un danger pour la Terre. Ils sont fous ! Mais je suis là et je me bats pour vous ! L’Occidentie va gagner et la planète avec nous ! » disait l’homme bizarre. La vidéo s’arrêtait là et était suivie d’images de guerre dans des paysages désertiques. Les combattants avaient tous cette même peau laiteuse, totalement inconnue de Zuli. Les images dataient de Novembre 2029.

— Pepper, c’est quoi ce truc ? Il s’est passé quoi pendant la grande sécheresse ?

Zuli fouilla les entrailles de Pepper et des autres machines reçues la veille, en quête de réponse. A coup d’une image par-ci et d’un bout de texte par-là, il reconstitua ce qui avait dû se passer. Pizzaro avait fédéré les peuples d’Asie, d’Amérique du Sud et d’Afrique. Tous s’étaient révoltés contre l’Occidentie, incapable de se réformer pour préserver la vie sur Terre. Un dernier article de 2032 appelait les Occidentiens à descendre aux abris mais la raison n’en était pas très claire.

L’impérieux besoin de savoir se réveilla chez Zuli! Il alluma l’OmniScient, qui connectait chaque bulle à La Grande Base, et lança ses recherches. Rien d’autre que des articles à la gloire de Pizzaro. Pas un mot sur cette guerre qu’il venait de voir en image ni sur l’Occidentie. Il décida d’aller voir plus loin. Cela faisait longtemps qu’il avait hacké l’OmniScient, pour le plaisir. Il pénétra au cœur du système et s’y promena. Seules des traces d’informations effacées restaient de 2032… Il dénicha enfin un fichier oublié de l’époque : un message de Pizzaro à ses hommes. « Bravo ! Vous avez pénétré les systèmes Occidentiens et déclenché leur propre feu nucléaire. L’homme blanc est éradiqué ! Que sa mémoire et sa culture orgiaque disparaissent à tout jamais. La terre est sauvée ! Vive les peuples premiers ! Vive la Terre !» Le fichier disparu de l’écran à peine lu par Zuli. Mince, peut-être était-il allé trop loin dans le cœur du système?

La sonnette d’entrée sonna au même instant. Trois membres des « Forces de la Vie » entrèrent.

— Zuli ? Matricule 35364708702 ?
— Que puis-je pour vous ?
Pour toute réponse, deux des hommes l’immobilisèrent pendant que le troisième appuyait sur le bouton « recalibration » à la base de son cou.

Il faisait beau quand Zuli se réveilla. Il ouvrit ses rideaux et contempla avec plaisir les branches d’arbre qui ondoyaient sous sa fenêtre. Que la nature était belle ! Il avala ses comprimés de café et alla voir le tas de vieux robots reçu la veille. Un beau dimanche de bricolage en perspective !

Une réaction au sujet de « Zuli et les forces de la vie »

  1. Tout est clair et limpide, dans une description robotique et maîtrisée de cette nouvelle humanité, si tant est qu’on puisse parler d’humanité ! Comme toujours, j’adhère à ton univers, et au retournement de situation final, d’ailleurs, j’étais partie dans une histoire similaire pour cette consigne, comme quoi, l’urgence écologique et la question du futur veillent au-dessus de nos têtes ! J’aurais bien aimé avoir plus de détails sur la morphologie et l’apparence de Zuli… Mais 6000 signes, faut choisir ! Belle journée à toi, Sabrina.

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