Et que ça flambe!

Et que ça flambe!

Conte pour enfants de 8 à 10 ans

Dans un demi-sommeil, Hachem entend les craquements de branches, au loin. Bientôt, une fumée épaisse le tire de son sommeil. La grotte dans laquelle il vit depuis des semaines en est envahie. C’est irrespirable et il fait horriblement chaud ! Une lumière orange danse sur les parois de son refuge tandis que des arbres s’effondrent alentour dans un fracas assourdissant. Je vais cuire si je reste ici ! panique Hachem. Le jeune adolescent saisit à la volée la calebasse qui contient sa réserve d’eau et se faufile dans l’étroit conduit à l’arrière de la grotte, espérant qu’il pourra ainsi échapper au feu. Heureusement, les flammes n’ont pas encore atteint le haut de la falaise où il émerge. Il jette un coup d’œil au feu qui gronde en contrebas et prend ses jambes à son cou.

Depuis qu’il s’est perdu en forêt et a trouvé refuge dans la grotte, il ne s’est nourri que d’herbes et de baies collectées dans la journée. Aussi son corps est-il trop faible pour courir longtemps et il ne peut que ralentir malgré le feu qui approche. En marchant, titubant, tombant, se relevant, il avance comme il le peut. Mais l’épuisement l’emporte : Hachem tombe au sol, épuisé, et perd connaissance.

C’est l’impression de planer ou plutôt d’être bercé qui le réveille, cette fois. Il entrouvre les yeux et les referme aussitôt, terrifié ! Il est dans les pattes d’un énorme dragon vert, ailes déployées, qui vole au-dessus de la forêt et de l’incendie.

Quelques instants plus tard, le dragon atterrit et dépose Hachem sur un lit de mousse moelleux, auprès duquel coule un ruisseau. Malgré son énorme taille, le dragon attrape délicatement un petit bout de mousse, l’imbibe d’eau et le presse au-dessus de sa bouche pour tenter de le faire boire.

Beurk ! Que de crasse sous le noir de la fumée, se dit Redon le dragon (car il a un nom) en commençant à le débarbouiller. Hachem ne bronche pas et garde les yeux fermés. Il commence un peu à se rassurer mais, tout de même, il a un dragon à ses côtés !

— Pas possible ! s’écrie Redon en finissant la toilette. Hachem ?! C’est Hachem que je viens de sauver!

Hachem cesse de faire semblant de dormir et ouvre grand les yeux, sidéré qu’un dragon sache parler et que, de plus, il connaisse son prénom.

— Vous… Vous me connaissez ?

— Mais Hachem ! C’est moi, Redon ! On se connaît depuis toujours ! Tu ne te souviens pas ?

— Non… Justement. Je ne me souviens que de mon prénom mais je ne sais ni qui je suis ni d’où je viens.

— T’es mon pote Hachem ! Et t’étais aussi le Prince de Meghar, avant que tu ne disparaisses il y a 6 mois. Apparemment, tu as eu un accident de tapis volant… On a retrouvé ta trace jusqu’aux portes de la ville et ensuite, plus rien : volatilisé !

— J’ai dû perdre la mémoire dans le choc, pense Hachem à voix haute. Et je suis un bon prince ?

— Ah ça, oui ! Pas comme ta pauvre tante qui a dû prendre ta suite ! Seule la poésie l’enchante et elle est désespérée de devoir régner. Elle n’essaye même plus d’ailleurs : plus personne ne dirige Meghar… Quant à ton cousin, il n’est intéressé que par les compétitions de TVGV, les tapis volants à grande vitesse. Une catastrophe !

Des souvenirs flous commencent à apparaître dans le cerveau d’Hachem. Il ferme à nouveau les yeux et prend sa tête entre ses mains pour essayer d’y voir clair. Mais le brouillard dans sa tête tourbillonne et ne s’éclaircit pas ! Alors il s’agenouille près de l’eau claire et asperge longuement son visage.

— Meghar… Le palais… laisse-t-il échapper.

— Ca y est, ça te revient ? s’enquière Redon. Ce serait bien, il y a urgence !

— Quelques flashs par-ci par-là… Mais pourquoi « urgence » ?

— Le grand vizir et ses amis ont décidé de construire un « nouveau Meghar » plus grand, plus beau, plus neuf. Et ils veulent le bâtir ici, dans la prairie enchantée. Là où se trouve mon antre mais aussi, le refuge de tous les animaux. Là où coule l’eau pure et claire de la source sacrée, celle qui nous soigne tous et qui est en train de te rendre la mémoire…

— Mais pourquoi ici ?

— Parce que c’est plat et que c’est joli ! Ils ne veulent pas entendre nos arguments. Alors, en accord avec tous les animaux, j’ai agi.

— Agi ?

— Ben, euh… j’ai mis le feu autour de Meghar. C’est que… c’est facile le feu pour un dragon ! fanfaronne Redon. A chaque fois qu’un camion de travaux sortait de Meghar, je mettais le feu à la route pour lui faire rebrousser chemin. Fallait les voir faire demi-tour ! Je me suis bien amusé ! Enfin, au début…

— Que s’est-il passé ensuite ?

— Le grand vizir n’a pas fait grand-chose pour éteindre les feux : envoi d’un camion de pompiers, quelques incantations, des danses de la pluie. Ça n’a servi à rien, évidemment. Je me demande d’ailleurs s’il ne l’a pas fait exprès : tout le monde était terrorisé par les incendies qui grossissaient autour de la ville, et plus personne ne regardait ce que faisait vraiment le vizir. Il en a profité pour lancer ses travaux et piller toutes les richesses de Meghar.

— Mais pourquoi n’as-tu pas arrêté de mettre le feu ?

— Quand j’ai compris ce qu’il se passait, j’ai arrêté, bien sûr. Mais c’était trop tard. Tous les petits feux que j’avais allumés s’étaient déjà rejoints en un énorme brasier, incontrôlable, celui qui t’a fait fuir.

— Et tu ne sais pas l’éteindre, ce feu ? s’écrie Hachem.

— Mais non ! Un dragon, ça sait juste lancer des flammes, enfin ! Pas les éteindre !

Hachem se tait et s’assied dans l’herbe. Il constate avec bonheur que, pour la première fois depuis longtemps, il a les idées claires. Il faut assurément protéger la prairie et cette source miraculeuse ! L’image de sa tante lui revient en mémoire, la tendre poétesse dont l’esprit est tellement absorbé par ses vers qu’elle s’en perdait dans les couloirs du château ! Et celle de son cousin, tout en muscle, que seul le sport passionnait.

— J’ai un plan ! s’écrie Hachem en sautant sur ses pieds. Allons à Meghar au plus vite !

— C’est délicat, hésite d’abord Redon. Mais face au regard déterminé d’Hachem, il s’empresse d’acquiescer, sans lui dire qu’il craint la fureur des habitants de la ville.

Au bout de quelques minutes, ils survolent déjà Meghar. En voyant cette énorme ombre passer sur la ville, les Meghariens commencent à gronder et à jeter des pierres en direction de Redon. Mais très vite, la rumeur qu’Hachem est dans les bras du dragon se propage dans la ville, encore plus rapidement que Redon ne peut voler. Et c’est sous les acclamations qu’Hachem arrive au Palais pour y retrouver sa tante et son cousin qui l’attendent en haut de l’escalier d’honneur.

— Hachem vivant ! Rien ne pouvait nous rendre plus heureux ! Mais le malheur s’est abattu sur nous et je te rends ta ville en bien piteux états, se lamente sa tante.

— Ma tante, nous n’avons pas le temps de nous apitoyer. Cousin Atim, j’ai besoin de toi et de tes amis.

Il expose son plan à Atim et tous deux courent vers le stade. Le temps que les pompiers assemblent des lances incendies, tous les TVGVistes les ont rejoints. Et ce sont des escouades de tapis volants, armés de lances à incendie, qui partent éteindre les feux. Redon ne sait plus où donner de la tête pour aider tout le monde et tenter de se faire pardonner.

Enfin, après 7 jours et 7 nuits de bataille acharnée, toutes les flammes sont éteintes. Une gigantesque fête célèbre la victoire et le retour du Prince. Et alors qu’Hachem annonce la création d’une réserve protégeant la prairie enchantée à tout jamais, Redon est autorisé à cracher le feu une dernière fois, pour faire flamber un énorme tas de crêpes.

2 réactions au sujet de « Et que ça flambe! »

  1. Merci pour ce conte rafraîchissant malgré l’incendie qui y est décrit. Je lis systématiquement toute mes publications qui sont annoncées par esprit livre . Mais je ne les commente pas toutes. Ce matin ton conte pour enfant m’a plu , les descriptions sont limpides . j’ai fuis le feu et j’ai volé sur le dos du dragon . Tous les ingrédients sont présents pour développer l’imagination d’un enfant. J’attends mes petits enfants aujourd’hui pour une semaine de vacances je vais leur demander de réécrire cette histoire . C’est un exercice qu’on fait habituellement quand la tempête souffle ce qui est le cas . ils vont adorer . Merci belle écrivaine pour enfants et au plaisir de te lire à nouveau, tu as enchanté mon dimanche matin . Alix

    1. Bonjour Alix,
      merci pour ton si gentil commentaire! J’ai eu beau beaucoup inventer d’histoires pour mes enfants lorsqu’ils étaient petits, je ne me sens pas particulièrement une âme d’auteur de livres pour enfants. Alors je suis d’autant plus ravie si cette nouvelle t’a plu. Mais qu’en ont donc pensé tes petits enfants car ce sont eux la vraie cible de cette histoire ;)!

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